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Un regard de personnage...

  • Photo du rédacteur: Diane Sakakini Bulle de Plumes
    Diane Sakakini Bulle de Plumes
  • 23 juin 2020
  • 2 min de lecture

Je vous propose un nouvel exercice : choisissez un personnage réel ou fictif, et faites-nous partager une émotion, un défaut, une qualité, une vie derrière ce regard.


Je vous partage mon texte:

Elle le fixait. De ses yeux de folle. De son regard vide, insensé, plat comme le fil d’un encéphalogramme qui ne se palpiterait plus jamais. Elle le fixait. Intensément, comme si ses prunelles voyaient à travers lui le mur blanc et sans relief auquel il tournait le dos par mesure de sécurité. Elle le fixait. Bizarrement. Avec ce regard vide, de ceux qui ont oublié leur passé, survivent à leur présent et ne savent pas que leur futur existe. Le futur ? Dans sa tête qui lui servait depuis trop longtemps de camisole, elle ne pensait pas aux prochains jours, ne se projetait pas même dans l’heure qui suivrait. La notion de temps était à l’image de son regard, vain. Un vide sidéral où seuls les rituels du quotidien semblait tenir compagnie à sa solitude. Se réveiller léthargique, effectuer une toilette de chat, se nourrir tel un moineau, somnoler apathique, se recoucher accablée, heure après heure, jour après jour.

Piégée entre ces quatre murs, ligotée par les médicaments qu’il venait lui faire avaler, elle semblait irréelle, tel un fantôme de chair iridescent. Ses yeux noirs ne brillaient plus depuis longtemps, encadrés par sa peau translucide aux fines ridules fragiles. Même les veines de ses tempes ne semblaient plus être parcourues par le sang indispensable au battement de son cœur. Ce cœur qui avait cessé d’exister depuis qu’il l’avait enfermé. Lui venait de fêter ses vingt-trois printemps. Il avait la vie devant lui. Elle lui avait donné la sienne. Elle représentait le rempart à son bonheur, à cause de tout l’amour qu’elle lui portait. Ce jour-là, il avait choisi de lui administrer la dose fatale, l’enfermant à jamais dans ses doutes, et désormais embrumé par le mélange létal, l’esprit de sa mère ne serait plus.

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